Chroniques : Comment Internet a bouleversé la vie de gens ordinaires |
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| ZOB, La Zebu Overseas Bank, une banque pas comme les autres... |
Le commerce équitable est devenu un moyen d'action pour aider les producteurs des régions défavorisées du Sud avec comme mot d'ordre d'accompagner la globalisation de l'économie par la mondialisation du progrès social. Il s'est largement fait connaître grâce à Internet. Des banques de microcrédits accompagnent les besoins d'investissements de nombre de ces régions défavorisées afin de favoriser la création d'entreprises et de richesses. Mais faire en sorte que ces investissements soient rentables pour les prêteurs tout en permettant à des familles de paysans pauvres de labourer leur champ et de se nourrir ressemble à la recherche de la quadrature du cercle. Pourtant un homme va réussir ce pari hasardeux en créant la ZOB, la Zebu Overseas Bank !Tout a commencé par un défi de potache entre amis, lors d'une réunion festive. « Chiche que tu n'arriveras pas à créer une entreprise du nom de "ZOB" ». Ce mot argotique aux consonances égrillardes n'a pas vocation a priori à dénommer une banque d'investissement crédible, ou une entreprise qui sera prise au sérieux. Et pourtant après plusieurs mois de réflexion la Zebu Overseas Bank (ZOB) naît en 1999 grâce aux effort combinés de plusieurs amis, sous la houlette d'un ancien musicien reconverti en pilote d'avion. Sa licence obtenue aux Etats-Unis ne lui permettant pas de piloter sur les grandes compagnies françaises, Stéphane Geay décide de créer sa propre compagnie aérienne MFS (sic ! ne riez pas il s'agit de Madagascar Flying Service) à Madagascar bien sûr. Madagascar est une île tropicale vaste comme la France et la Belgique réunies, surnommée la "grande île", qui s'est détachée du continent africain il y a quelque 165 millions d'années, à l'époque florissante des dinosaures alors en pleine extension, au milieu de l'ère secondaire. S'y est développé une flore et une faune exceptionnelles en raison de l'isolement géographique, d'une richesse originale autant que luxuriante. Stéphane Geay constate rapidement que les riches atouts de l'île supportent mal la comparaison avec la condition des humains. Ses gains de pilote représentent plus de 200 fois celui des paysans locaux, qui gagnent autour de 23 euros chaque mois. Pour acheter les petits avions de la compagnie MFS il leur faudrait travailler entre 16 000 et 17 000 ans, à supposer qu'ils y consacrent tous leurs revenus ! Le paysan malgache se trouve ainsi bien en peine d'acquérir l'animal tout utile qu'est le zébu, capable de tirer de lourdes charges, de labourer, producteur direct d'une bouse prisée comme engrais, sa viande paraît-il est savoureuse. Les sous produits tels que cuir, sabots sont aussi utilisés à la fabrication d'objets artisanaux à usage familial ou vendus sur les marchés. La zébute donne des petits zébus qui agrandiront le cheptel du pays qui jusqu'au début des années 1960 dépassait le nombre des hommes vivant sur l'île. Or le prix d'achat d'un zébu, c'est 4 mois de salaire des paysans malgaches, sans compter l'entretien, les vaccinations, le suivi vétérinaire, un investissement certes rentable, mais inaccessible pour la plupart d'entre eux. Pour Stéphane Geay cette situation manque pour le moins de l'harmonie qui règne sur la grande île. En même temps pas question d'assistanat ou de charity business, de « demander aux riches de donner aux pauvres », de faire dans l'humanitaire qui préfère montrer « des ventres d'enfants gonflés », les larmes aux yeux et faire appel à la pitié. « Nous ne culpabilisons pas nos clients » aime-t-il rappeler et il préfère aider « en rigolant plutôt qu'en pleurant ». L'idée qu'il développe avec ses amis et associés cherche plutôt à faire rêver les investisseurs qui se détournent des Worldcom, Alcatel et des débâcles des grands des télécoms, à « les inciter à investir dans l'agriculture traditionnelle » avec des revenus atteignant 7% annuels de l'investissement initial. Avec une stratégie gagnant-gagnant, il a non seulement réussi son pari, mais dépassé ses espérances grâce à un montage très ingénieux. En confiant une somme raisonnable et accessible aux Occidentaux de 244 euros, à la ZOB (Zebu Overseas Bank) qui se charge d'acheter un zébu ou une zébute, l'investisseur devient propriétaire de l'animal, il ouvre un PEZ (Plan épargne Zébu, les créateurs ne sont pas en peine pour inventer des sigles imagés) pour collecter les intérêts, capital et intérêts sont bloqués deux ans ; l'animal est confié en location-vente à un agriculteur malgache, qui reçoit dix poules pondeuses à même de produire chacune 6 oeufs par semaine, pour payer la location à raison de deux oeufs par jour, les autres oeufs et poussins restant sa propriété. Après deux ans, l'investisseur récupère, s'il le souhaite, son capital et les intérêts bloqués en vendant son zébu, par l'intermédiaire de la ZOB. Le tout payé en francs malgaches, une occasion de faire un beau voyage, connaissance avec son zébu, et d'éviter les pertes au change. Comment trouver les investisseurs pour réaliser ce plan à une échelle suffisante ? La création d'un site Internet http://www.madagascar-contacts.com/zob fait connaître le projet qui rencontre un vrai succès. En quelques années ce sont mille zébus qui ont été achetés et investis. Le site s'est agrandi, une newsletter donne des nouvelles de l'entreprise aux zébuphiles devenus nombreux. Des dîners et des rencontres ont lieu dans la capitale française pour favoriser les échanges. En janvier 2002 elle s'est tenue au Sénat, le sénateur Jean Faure étant un zébuphile de la première heure. Des emplois sont créés, la zobnewsletter permet aux internautes friands de voir les photos des nouveaux venus dans l'association, malgaches et européens, vétérinaires, webmaster, informaticien, gestionnaires, stagiaires, et bénévoles. Acheter et vendre mille zébus, assurer le suivi vétérinaire, la gestion des prêts, encaisser les loyers, etc., les tâches de plus en plus nombreuses sont effectuées par une équipe étoffée et renouvelée qui les assume sur place. Quant aux liens intercontinentaux que le réseau favorise, ils se poursuivent en 2002, avec succès, comme en témoigne la zobnewsletter n°24, et la fréquentation du site qui continue d'augmenter. et permet de suivre l'histoire de la vie des e-zébus pleine, vous vous en doutez, de vicissitudes, comme celle de chacun de nous, des morts et des naissances, une chronique de la zébufolie en somme. Anne de Beer pour Eurotechnopolis Institut |

